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Souvenir de la déportation 2012

Mesdames, Messieurs,

Depuis 1954, le dernier dimanche d'avril est devenu « Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation ». Cette journée a une double vocation.
D'une part, il s'agit d'évoquer le souvenir des souffrances et des tortures subies par les déportés dans les camps de concentration et d'extermination.
D'autre part, nous rendons hommage au courage et à l'héroïsme de ceux et de celles qui en furent les victimes.
Le sens de cette cérémonie est de rappeler à notre échelle le souvenir d'un drame hors de toute proportion.
Ce drame, tâche indélébile sur notre continent, il est difficile de l'évoquer, parce qu'il est difficile de trouver les mots justes pour décrire l'horreur, pour dire la douleur de celles et ceux qui ont vécu cette effroyable tragédie, de celles et de ceux qui n'en sont pas revenus, de celles et de ceux qui ont été marqués à jamais dans leur âme et dans leur chair par l'ignominie d'un système qui avait organisé scientifiquement la destructions d'êtres humains.

Evoquer le bilan chiffré de la déportation nous ferait passer à côté de l'essentiel, à côté de ces femmes, de ces hommes, de ces enfants stigmatisés, parqués, déportés, affamés, torturés, assassinés. Non pas 6 millions de morts mais 6 millions de fois un meurtre ! Et combien de millions d'humiliations, de blessures, de négations de la dignité humaine. Dans cette Europe des années 30, pourtant civilisée depuis si longtemps, il a suffi d'une crise économique et d'une crise morale pour qu'une idéologie basée sur l'exclusion, le racisme, la haine de l'étranger réveille la barbarie la plus monstrueuse. Une barbarie qui s'est attaquée avec la participation d'Etats et notamment de l'Etat français qui avait oublié les valeurs de la République aux Juifs, aux Roms, aux homosexuels, aux handicapés... boucs émissaires de la crise et à tous ceux opposants de tous bords qui osaient dire non à l'idéologie dominatrice.

Ainsi voit-on comment la civilisation peut glisser vers la barbarie et l'histoire l'a montré avec d'autres génocides, celui des arméniens ou plus récemment au Rwanda. Il est donc important de se souvenir et c'est le sens de ces cérémonies de se souvenir et d'enseigner l'histoire de ces tragédies pour qu'elles ne se reproduisent plus jamais.

Je voudrais d'ailleurs vous lire un extrait d'un discours prononcé par Madame Simone Veil :
"Mesdames, Messieurs, nous connaissons aujourd'hui les méfaits engendrés par les idéologies qui ont semé la désolation au siècle passé. Il faut du courage, je le sais bien, pour renverser les affabulations sur lesquelles se construisent les idéologies de haine. Mais, prenons garde, elles se répandent d'autant plus facilement qu'elles se passent de la vérité, qu'elles opèrent des simplifications afin de s'adresser à tous.
Aujourd'hui, il convient de mettre à bas toutes ces idéologies qui sont nourries de la haine de l'autre. Les nouvelles générations sont aussi vulnérables que celles du passé ; nous les avions crues immunisées par les leçons de leurs aînés et les leçons de l'histoire. En réalité, à chaque époque, de nouvelles sirènes endorment les consciences et attirent vers elles les esprits les plus désorientés et malheureux".

Je souhaite, pour conclure, m'adresser plus particulièrement aux jeunes générations, aux étudiants présents ce soir, parmi vous et les appeler à la plus grande vigilance. Nous sommes réunis, aujourd'hui, non seulement pour rappeler l'histoire de la Shoah, mais pour lutter contre l'intolérance, les discriminations, contre tous les racismes. Nous sommes réunis pour rappeler quelques vérités élémentaires mais fondamentales et qui ne doivent jamais tolérer aucune compromission. Nous sommes venus ici rappeler que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise, pour choisir l'union des valeurs communes plutôt que l'affrontement des passions contraires. Nous sommes venus rappeler qu'un continent qui a été brisé, humilié, par une barbarie jamais égalée, peut se retrouver autour de quelques principes : la démocratie, le respect de la dignité humaine, les droits fondamentaux de la personne humaine.

Construire un monde dans lequel un nouvel Auschwitz ne soit plus possible dépend de chacun d'entre nous. Cela passe par l'éducation, un travail de chacun sur soi, et par une attention permanente portée à l'autre. Quand nous reconnaissons en l'autre quelque chose qui nous est commun, cela s'appelle la fraternité. Cela s'appelle l'humanité. Il nous appartient de veiller à ce que nos gouvernements et nos Institutions démocratiques en soient les garants.

Merci à tous ceux qui sont réunis aujourd'hui de nous donner ensemble l'occasion de le dire, le courage d'y croire, et la volonté de lutter".


C'est la conclusion d'un discours qu'elle prononça à Amsterdam, le 26 janvier 2006 Lutter, résister, témoigner ce fut le choix que firent certains jusque dans les camps de concentration. Lutter, résister, témoigner c'est encore notre rôle aujourd'hui. Permettezmoi de faire référence au poète et résistant Paul Eluard : « Si l'écho de leur voix faiblit, nous périrons » Combien ces mots sont forts et justes !

Lutter, résister, témoigner c'est aujourd'hui envers et contre tout défendre la République, ses valeurs et sa devise Liberté, égalité, fraternité

Pascal Noury, maire de Morangis