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Cérémonie du 11 novembre 2013

Monsieur le Vice-Président du Conseil général
Monsieur le Commissaire de Police,
Madame le Capitaine, Chef du Centre de Secours,
Mesdames et Messieurs les Maires-Adjoints et Conseillers Municipaux, Chers Collègues,
Mesdames et Messieurs les Présidents et Représentants des Associations locales d'Anciens Combattants,
Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames, Messieurs, Chers Amis Morangissois,
Et tout particulièrement les plus jeunes vous les jeunes sapeurs pompiers du centre de secours de Savigny-Morangis et les enfants de nos écoles...

Bientôt 100 ans, oui bientôt un siècle que la Première guerre mondiale dont ce matin nous commémorons le cessez le feu débutait. Et nous sommes pourtant à nouveau réunis, Morangissois de toutes les générations pour commémorer un évènement majeur de l'histoire de notre nation mais aussi rendre hommage à ceux des nôtres qui ont perdu la vie au cours de cette terrible guerre.

Ils s'appelaient Charles, Félix, Alfred, Justin, Henri, Emile, Auguste Albert, Eugène, Marcel, ils étaient Journaliers, charretiers, employés à la compagnie des eaux. Parmi eux il y avait l'instituteur du village. Ils étaient soudainement devenus artilleurs, fantassins, brancardiers et avaient terminé leur vie dans l'enfer des champs de bataille.

Il y a 95 ans, au milieu des cris de joie qui accompagnaient la fin des combats il y avait aussi les pleurs de tous ceux qui avaient perdu un fils, un père, un mari, un frère, un ami.

A Morangis, dans notre petit village, la trentaine d'écoliers pensaient sans doute à Alfred Dessain, leur instituteur, tué à l'âge de 35 ans. Anna Marie pleurait son mari Henri Gigoust tué au combat en août 14, à peine un an après leurs noces.
Les 300 habitants rendaient hommage à ces 12 Morangissois, nos concitoyens, dont nous égrènerons avec respect et émotion les noms à jamais gravés sur la pierre froide du monument au mort.

Un hommage que nous leur devons un hommage que nous perpétuons au fil des années pour toutes les victimes de la grande guerre

Terrible guerre ! 8 millions de morts, 20 millions de blessés de part et d'autre de la ligne de front.
Parmi les témoignages cette lettre d'un poilu Eugène à sa femme Léonie dont je voudrais vous lire un extrait

Le 30 mai 1917

Léonie chérie
J'ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu'elle t'arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd'hui témoigner de l'horreur de cette guerre.

Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd'hui, les rives de l'Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n'est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c'est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s'écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l'odeur est pestilentielle.
Tout manque : l'eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n'avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer.
Nous partons au combat l'épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d'un casque en tôle d'acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l'attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d'un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d'un bras, d'une jambe en moins? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.

Eugène ton mari qui t'aime tant

Un siècle après, cette guerre est toujours bien présente dans notre inconscient collectif. Elle inspire nombre d'oeuvres littéraires et cinématographiques. Le dernier Goncourt vient en compléter la longue liste.
Qu'elles soient écrites d'un côté ou de l'autre du front les auteurs décrivent tous : la souffrance physique poussée à son paroxysme, les corps cassés désarticulés, la blessure espérée comme un billet de retour, cette fraternité dans la souffrance entre des hommes martyrisés qui, lors de leurs permissions, n'arrivent même plus à exprimer ce qu'ils vivent sur le front, car les gens de l'arrière sont incapables de comprendre ce qui arrive.
Ces oeuvres évoquent aussi ce qui fut longtemps occulté les mutilations volontaires, les fusillés pour l'exemple ou encore les fraternisations entre ennemis, le difficile retour à la vie de ceux qui avaient côtoyé l'enfer, de ceux qui revenaient estropiés, défigurés, gazés, nous donnant ainsi une connaissance plus juste de ce terrible génocide de toute une jeunesse.

Que peut-on attendre, que peut-on apprendre de ces cérémonies du centenaire qui débutent?
Que la Paix est notre bien le plus précieux

Qu'il ne faut jamais humilier les vaincus car on sait que de cette folie, de ce gâchis, de cette bêtise, alors que tous les combattants croyaient que c'était la der des der, de la soif de revanche d'une Allemagne humiliée naîtra, deux décennies plus tard, un autre conflit mondial

Qu'il y a toujours de l'espoir et qu'il n'est pas d'ennemis qui soient irréconciliables et que les hommes et les femmes de paix doivent en tout lieu et en tout temps être encouragés et soutenus.

Qu'il faut défendre un patriotisme ouvert dans lequel fier de notre pays, fier de nos valeurs nous nous tournons vers les autres pour le progrès de tous et refuser un nationalisme étriqué qui exclut, qui rejette et ne sème que de la haine et de la violence

Qu'en se penchant sur notre passé, nous trouverons les forces qui nous permettrons de construire un avenir meilleur

A nous tous d'agir pour participer à construire un monde délivré de la violence et combattre au quotidien tout ce qui divise notre société : l'indifférence, l'individualisme, le racisme, la xénophobie et l'intolérance. Ce sont des plaies d'aujourd'hui et des ferments de haine pour demain.

Faisons en sorte que cette immense aspiration à la Paix des Morangissois, réunis il y a 95 ans comme nous aujourd'hui, soit le guide de notre engagement au quotidien pour qu'ensemble nous profitions à jamais du bonheur de vivre en Paix.

Pascal Noury, maire de Morangis