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Cérémonie du 11 novembre 2014

Mesdames et messieurs les anciens combattants et leurs porte-drapeaux,
Mes chers concitoyens,
Mesdames et Messieurs,
Mesdemoiselles et Messieurs les jeunes sapeurs pompiers,
Et vous les enfants de nos écoles,
Nous voici à nouveau réunis, Morangissois de tous les quartiers, de toutes les générations, de toutes les origines. Nous venons, comme chaque année depuis 96 ans, au fil des générations, commémorer l'armistice du 11 novembre 1918, rendre hommage à ceux des nôtres, Morangissois comme nous, qui ont perdu la vie sur les champs de bataille de celle qu'on nomme la grande guerre et rappeler que la Paix est notre bien le plus précieux.

Le 11eme jour, du 11ème mois à la 11ème de heure de cette année 1918, au moment où le clairon sonnait le « cessez le feu » sur les champs de bataille, au moment où dans toutes les villes et les villages le son des cloches des églises annonçait La nouvelle, même chez les vainqueurs, plus que la joie et le triomphe c'est le soulagement qui prédominait. Et très vite, parmi les combattants 3 mots s'imposèrent « Plus jamais ça ».

4 années terribles s'achevaient, 4 années, de souffrances, de terreurs, de douleurs, de morts. Rappelons leur terrible bilan : plus de 9 millions de morts, 3 millions de veuves, 6 millions d'orphelins, des millions et des millions de vies brisées y compris chez les survivants, blessés à tout jamais dans leur chaire et dans leur être, des régions d'Europe dévastées, et des économies exsangues. A Morangis, dans notre petit village qui ne comprenait alors que 300 habitants, si on se réjouissait, on pleurait aussi la mort de 12 jeunes hommes. Des pères, des maris, des frères, des fils, l'instituteur qui avaient tout laissé et ne sont jamais revenus. D'eux, ils ne restent aujourd'hui que les noms inscrits sur la pierre de ce monument et que nous égrènerons toute à l'heure avec la complicité d'élèves d'une classe de CM2 de l'école Moreau. Pour eux, nos 12 concitoyens, il reste cet hommage annuel que nous leur devons bien. Cette commémoration revêt une dimension encore plus forte cette année, puisqu'il y a cent ans, le 1er aout 1914, avait retenti le tocsin annonçant la mobilisation générale qui avait fait basculer l'Europe et le monde dans le plus terrible conflit que l'humanité ait connu jusqu'alors. Nul n'imaginait encore qu'il ouvrait un siècle marqué par le retour de la barbarie et l'inhumanité au sein même de la civilisation européenne.

Durant une grande partie du 20ème siècle, la majorité des publications concernant la guerre de 14 décrivaient les faits d'armes, les tactiques, l'enchaînement des évènements… Mais, depuis une vingtaine d'années, on redécouvre les témoignages de souffrances, la peur, l'odeur des cadavres, le bruit des obus, la boue fétide, la vermine... On approche de plus prêt les atrocités et tout ce qui fut longtemps caché, les fusillés pour l'exemple, le drame des gueules cassées, le difficile retour à la vie quotidienne des combattants, les fraternisations entre ennemis sur le champ de bataille. La réalité de cette guerre n'a presque plus de secret et elle nous interpelle.

Alors, au-delà de l'hommage que nous devons à ces poilus qui pour la plupart ne se faisaient aucune illusion sur le fondement réel du conflit mais qui n'en accomplirent pas moins leur devoir avec un courage surhumain, 100 ans plus tard, il nous faut encore et toujours chercher à comprendre, à tirer les leçons de l'histoire. C'est à la fois nous montrer fidèles à leur mémoire et à leur volonté de paix et nous préserver de pareil désastre Rappelons que de chaque côté, il y avait des Femmes et des Hommes de paix qui alertaient contre le danger de cette guerre. Parmi elles, en Autriche, La Baronne von Suttner, première femme à obtenir le prix Nobel de la paix en 1906, en France, Jean Jaurès…

Jean Jaurès dans son discours du quartier de Vaise à Lyon, le 25 juillet 1914, 6 jours avant son assassinat qui déclarait « Eh bien ! Citoyens dans l'obscurité qui nous environne, dans l'incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j'espère encore malgré tout qu'en raison même de l'énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n'aurons pas à frémir d'horreur à la pensée du cataclysme qu'entraînerait aujourd'hui pour les hommes une guerre européenne… Songez à ce que serait le désastre pour l'Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans une armée de 300 000 hommes, mais 4, 5 et 6 armées de 2 millions d'hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie ! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l'orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé… » Il en appelait à la mobilisation des hommes et des femmes de tous les pays concernés afin qu'ils s'unissent pour « écarter le terrible cauchemar ». On sait ce qu'il advint et comment, un attentat à Sarajevo, l'engrenage des alliances mais surtout des intérêts politiques et économiques convergents sur la base d'un nationalisme grandissant allait nier le danger, aveugler les citoyens et les précipiter dans l'horreur.

Certes c'est l'histoire d'un autre siècle mais d'un siècle qui était aussi civilisé que le nôtre et qui a sombré à plusieurs reprises dans la sauvagerie.
Aujourd'hui, le monde va mal, l'horreur reste toujours l'horreur de Verdun à Kobané. D'Alep à Donetsk et de Gaza au Mali, au Soudan et en Ethiopie, les innombrables brasiers allumés sur la planète ont certes tous leurs raisons spécifiques et leurs drames singuliers mais ils nous rappellent qu'au 21ème siècle, la guerre est toujours là « fauchant les vies, massacrant les espérances et hantant nos existences ».
Plus que jamais, Rappelons donc que la Paix est notre bien le plus précieux et que nous sommes tous responsables pour la protéger.
Repoussons les nationalismes qui sèment la haine et la violence, refusons d'insister sur tout ce qui sépare et divise, opposons nous aux va-t-en guerre de tous genres. Sachons réunir les ennemis car il n'en est pas d'irréconciliables, soutenons les hommes et les femmes de paix, défendons un patriotisme ouvert dans lequel fier de notre pays, nous nous tournons vers les autres pour le progrès de tous.

En ce 96ème anniversaire de l'armistice, en hommage à ceux qui ont donné leur vie, en hommage à ceux qui ont souffert pendant la grande guerre, je vous invite à un porter un message, un message de Paix.

Pascal Noury, maire de Morangis