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Cérémonie du 11 novembre 2015



Mesdames et Messieurs
Chers amis Morangissois
Et surtout vous les jeunes sapeurs et pompiers et les enfants de nos écoles qui sont venus nombreux accompagnés par leurs enseignants, que je remercie.

Nous voici donc réunis, Morangissois de toutes les générations, de tous les quartiers, de toutes origines pour commémorer la fin de la Grande guerre. L'une des plus terribles qu'il fut infligé aux hommes de traverser.

Les adjectifs, les superlatifs ne seront jamais assez forts pour décrire cette tragédie qui a atteint les sommets de l'horreur. Mais il suffit peut-être de dire qu'il s'agissait d'une guerre et qu'une guerre quel que soit le continent sur lequel elle se déroule, quels que soient ses belligérants, qu'une guerre c'est toujours des drames, du sang, des pleurs… Des vies, des espoirs, des amours brisés.
1914-1918, 4 ans de douleurs et de souffrances, plus de 9 millions de morts, 6 millions de blessés marqués à jamais dans leur chaire, là, chez nous, au cœur de l'Europe dans un monde civilisé, moderne, Il y a 100 ans.

Nous ne parlons pas d'un autre monde, nous ne parlons pas d'un autre temps.

Il y a 100 ans en 1915, Le monde en guerre, à l'ouest, c'est la tranchée. Du front, les soldats racontent la violence, mais aussi le vide, l'attente qui englue le temps. Tenir une tranchée, c'est y rester nuit et jour dans la boue, le froid, au milieu de la vermine, des rats engraissés de chair humaine et des poux gavés de sang de soldat. Entre l'arrivée de la soupe et celle du courrier, il faut tuer le temps à défaut de tuer des ennemis. On façonne des objets souvent à partir des matériaux fournis par la guerre : douilles d'obus, casques ennemis, bois d'étais...
Etre dans la tranchée est horrible, en sortir est pire. Or l'année 1915 est celle des offensives : en Champagne, en Artois, dans les Vosges...
Le bilan de l'année 1915 est effrayant : 112000 hommes tombés en Artois pour une avancée du front de 4 kilomètres et, en Champagne, 182 000 victimes pour un gain de 5 kilomètres, c'est-à-dire 36 poilus sacrifiés par mètre gagné.
Parmi les victimes de cette année 1915, sur le front, Jules Buisson, Albert Manceau, Eugène Picot, Eugène Leroux, 4 Morangissois qui s'ajoutent aux 4 autres tombés l'année précédente et qui seront rejoints dans cette liste funèbre par d' autres jeunes de notre petite commune qui, alors, ne comptait que 300 habitants. Au total 13 des nôtres auxquels nous rendons hommage comme nous rendrons hommage aux morts de toutes les guerres aujourd'hui et dont nous égrènerons les noms gravés sur la pierre froide de notre monument aux morts.

Mais l'humanisme survit à toutes les horreurs : la tranchée, c'est aussi la camaraderie, la constitution d'une classe sociale qui les mélange toutes et regroupe ceux qui sont allés au feu. L'arrière, aveuglé par la propagande et par l'esprit de l'Union sacrée, qui empêchent tout débat public sur la conduite de la guerre, ne comprend pas pourquoi une vaste offensive ne la termine pas en quelques semaines.

1915, une autre tranchée se creuse, entre le pays qui reprend le cours de la vie et les soldats qui suivent celui de la mort.
Il n'est pas étonnant que la chair à canon se révolte : quand ils sont renvoyés au feu plus souvent qu'à leur tour, des soldats refusent d'obéir. Sur les 600 fusillés de l'armée française entre 1914 et 1918, 400 sont passés par les armes avant la fin de 1915. Et il faut la protestation en tribune d'un député, en décembre 1915, pour que l'on cesse les exécutions sommaires et les simulacres de cours martiales. 80 ans de silence sur ces fusillés pour l'exemple et une réhabilitation encore trop partielle.
1915 ce sont aussi les réfugiés qui ont quitté la Belgique et les plaines du Nord. Ils ont fui les combats et les atrocités et cherchent un endroit où simplement pouvoir vivre. On les accueille ici avec compassion et fraternité là plus froidement parfois one les appelle les « Boches du Nord ».
En France, à la fin du conflit, ils sont près de 325 000 venus de Belgique et 2 millions des départements français occupés.

1915, le début de cette guerre aussi incompréhensible que tragique.
Une guerre comme toutes celles qui touchent notre monde d'aujourd'hui et qui ne peuvent nous laisser insensibles.
Des hommes, des femmes, des enfants souffrent comme nos arrière grands-parents souffraient il y a 100 ans,
Des hommes des femmes des enfants fuient les combats et cherchent un refuge que nous devons leur accorder comme le firent nos arrières grands parents il y a 100 ans.
Des femmes, des hommes, des enfants souffrent comme cela ne devrait plus être possible 100 ans plus tard.

La paix est la plus grande de nos richesses, il nous revient collectivement jusqu'au bout de nos volontés de la sauvegarder. Et quand il n'a pas été possible de la garantir, il faut rassembler tout ce que l'on a de force de conviction et de fraternité pour que les ennemis d'aujourd'hui soient les amis de demain.

Dès 1915, paraissait à la fois en Hongrie et en Angleterre, un appel aux diplomates à l'initiative de Ludwig Zamenhof . Il écrivait ;
« Une guerre effroyable s'est maintenant saisie de presque toute l'Europe. Lorsque prendra fin cette boucherie de masse qui déshonore si profondément le monde civilisé, les diplomates se réuniront et s'efforceront de remettre de l'ordre dans les relations entre les peuples. C'est vers vous les futurs coordinateurs que je me tourne… »
« Messieurs les diplomates Après l'effroyable guerre exterminatrice qui a abaissé l'humanité plus bas que les bêtes les plus sauvages.
L'Europe attend de vous la Paix. Elle n'attend pas qu'une pacification mais une paix permanente la seule qui soit digne d'une race humaine civilisée. Mais souvenez vous, souvenez vous, souvenez vous, que le seul moyen d'atteindre une telle paix est d'éliminer pour toujours la cause des guerres, séquelle barbare du temps le plus antique ayant précédé la civilisation la domination de certains peuples sur d'autres peuples »

En 1918, les gouvernants n'ont pas su éliminer ces causes de la guerre et les conditions de la paix portaient en elles mêmes les ferments de la guerre suivante.
Et ce malgré l'engagement largement majoritaire des combattants de 14-18 pour la Paix.

Ces commémorations du 11 novembre 1918 sont utiles, elles nous permettent de rendre hommage à ceux qui se sont battus, ont souffert, sont morts
Elles nous permettent de nous souvenir
Elles doivent nous permettre de tirer les leçons du passé.
Même dans un monde civilisé, la paix est toujours fragile. Il nous revient à tous d'agir pour la garantir.

Nous pouvons tous faire œuvre de mémoire.

Nous pouvons tous faire preuve de fraternité.

Cette belle valeur de fraternité qui devrait nous faire considérer qu'un humain d'où qu'il vienne, parce qu'il est simplement humain comme notre meilleur ami.

Ensemble pour rendre hommage aux morts de 14-18 comme aux morts de toutes les guerres, oeuvrons pour la paix.

Pascal Noury, maire de Morangis