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À Morangis 13 135 habitants ont le pouvoir
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Cérémonie du 11 novembre 2017

Discours prononcé par Pascal Noury, Maire de Morangis lors de la commémoration du 99e anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918 :

Mesdames et Messieurs
Mesdames et messieurs les anciens combattants et leurs porte-drapeaux,
Chers amis Morangissois,
Vous, les jeunes citoyens, jeunes sapeurs pompiers et les enfants de nos écoles,

Nous sommes à nouveau là cette année, de toutes les générations, de toutes les origines, réunis devant le monument au mort, pour commémorer l’armistice du 11 novembre 1918.

Nous sommes là mais il manque Henri Blottière, qui nous a quittés la semaine dernière des suites d’une terrible maladie. Henri Blottière c’était un ancien combattant, blessé gravement en opération, c’était le Président de l’Amicale des anciens combattants, il veillait à ce que la solidarité s’exprime auprès de tous ses camarades jusqu’à leur digne accompagnement à leur dernière demeure.
Henri Blottière c’était aussi, la cheville ouvrière de toutes nos cérémonies. Il veillait, avec toujours un peu d’inquiétude, à ce que chacune soit pleinement réussie afin que dans notre Commune, les habitants soient toujours nombreux à les suivre. C’est ainsi qu’il œuvrait concrètement à la reconnaissance due au monde combattant et à la poursuite du devoir de mémoire.

Le plus grand hommage que nous puissions lui rendre c’est de poursuivre son action, nous transmettant le témoin, veillant d’année en année à ce que nos cérémonies se déroulent avec la même gravité, la même émotion et témoignent toujours de notre reconnaissance aux soldats engagés pour la France.

Ce matin, nous rendons hommage à tous ceux qui ont souffert sur les champs de bataille de la grande guerre et nous venons rappeler que la Paix est notre bien le plus précieux.

Il y a 100 ans, 1917!
On dit de cette année qu’elle a été le tournant de la guerre et qu’elle a changé le monde.
Les deux révolutions en Russie qui vont modifier les fronts et marquer la vie du monde pour 7 décennies, l’entrée en guerre des Etats-Unis qui apporte à l’entente ses forces humaines et technologiques et par la même impose sa domination sur l’occident, la mondialisation du conflit et tant de choses encore…

Mais sur le terrain, rien ne change. Depuis la fin 1914, la guerre a pris une forme que personne n’avait imaginée aux premiers jours du conflit. Les armées sont usées les peuples sont fatigués. Après la Somme, après Verdun se prépare l’offensive du Général Nivelle entre Soissons et Reims, celle qu’on appellera la bataille du Chemin des Dames.

Le 16 avril, le froid glace les os, la neige commence à tomber. A 6 heure du matin, les sifflets des officiers sonnent dans les tranchées, l’assaut qui d’après les chefs doit mettre un terme à la guerre, est lancé.
En quelques minutes, le massacre commence, les soldats français sont fauchés par un déluge de feu et d’acier. Lourdement chargés, transis de froid et de fatigue, ils peinent à progresser sur les pentes boueuses, instables et rendues trop accidentées par leurs propres obus.

Les premières vagues d’assaut qui comprennent beaucoup de soldats des colonies sont anéanties, les 130 chars d’assaut sont hors de combat. Malgré tout, l’une après l’autre, les vagues françaises sortent des tranchées inlassablement et se brisent sur la défense allemande. Le massacre dure 4 jours pleins et ce n’est que le 22 avril que Nivelle ordonne de cesser l’offensive massive. Et il faudra attendre le 24 octobre, 6 longs mois donc, pour que la bataille du Chemin des Dames se termine.

C’est l’échec le plus effroyable de l’Armée française durant la 1ere guerre mondiale. Aucune percée décisive, aucune avancée significative mais une monstrueuse boucherie inutile. 200 000 morts, 400 000 blessés côté français et autant du côté allemand.

Notre petit village de Morangis, 300 habitants à l’époque, a aussi été touché par cette terrible bataille. Le 29 avril, au Bois des Buttes, près de la Ville aux Bois dans l’Aisne, Charles Boilleau était tué dans les combats. Il était né 24 ans plus tôt à Morangis. Il avait du laisser ses parents et amis pour rejoindre le 31eme régiment d’infanterie où il était sergent. Le 2 septembre c’était Auguste Létang soldat de première classe au 76eme régiment d’infanterie, décoré de la Croix de guerre qui succombait à Guyancourt suite aux blessures reçues sur le champ de bataille, non loin de Craonne. Il était, lui aussi un enfant de Morangis, âgé de 30 ans. Auguste était charretier et laissait Rosalie qu’il avait épousée 4 ans plus tôt et leur jeune fils Maurice.
Emile Legendre caporal lui aussi été tué cette année là.

Emile Legendre, Auguste Létang, Charles Boilleau à qui nous rendons hommage ainsi qu’aux 10 autres Morangissois qui ont perdu la vie au cours de la grande guerre et dont nous lirons les noms écrits pour l’éternité sur le monument aux morts.

13 Morangissois qui font partie du sinistre bilan 9 millions de morts, 6 millions d’invalides, aveugles, gazés, amputés…

Pendant des décennies le roman national a glorifié le courage des soldats, magnifié les batailles, honoré les chefs. Il a trop caché les souffrances, les exaspérations, les désirs de paix.

Les historiens, les œuvres littéraires et cinématographiques, depuis quelques années nous montrent le courage et l’abnégation des soldats mais aussi les fraternisations sur le front, les mutilations volontaires, les fusillés pour l’exemple, les gueules cassées, les retours difficiles dans une société qui avait continué à évoluer loin des horreurs du front. Tous ces évènements, tous ces comportements ont leur place dans notre mémoire collective.

Alors, on ne peut passer sous silence que l’année 1917 est aussi marquée par les mutineries qui ont touché, cette année là toutes les armées engagées dans le conflit. Les conditions de vie dans les tranchées, les assauts répétés, mal préparés, inutiles et meurtriers, la guerre qui dure et qui devient incompréhensible, l’incompréhension de ceux qui vivent presque normalement à l’arrière, les planqués… autant de faits qui poussent des soldats qui se sont battus avec courage à réagir par des refus collectifs d’obéir. Mais aucun de ces mouvements n’a eu lieu en première ligne

Les acteurs de ces mutineries, les condamnés, les fusillés doivent aussi être associés à nos commémorations et la chanson de Craonne, chanson contestataire des combattants y a toute sa place :

Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne, sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Après la signature de l’armistice que nous commémorons aujourd’hui ceux qui étaient revenus de l’enfer n’avaient plus qu’une formule « plus jamais ça !». Ils étaient pacifistes et pour autant patriotes. Ils ne célébraient pas la Nation victorieuse mais les citoyens morts pour la patrie et l’espoir de paix.

En souvenir d’eux, rappelons que la Paix est notre bien le plus précieux !

Pour rendre hommage aux vies fauchées, aux corps désarticulés, aux amours brisés, d’il y a cent ans…
Dans le monde d’aujourd’hui perturbé, plein de doutes, souvent violent, où les va t en guerre de toutes espèces ne cessent de souffler sur les braises de la haine, réaffirmons le patriotisme pacifique des soldats de la grande guerre, réaffirmons notre confiance dans les valeurs de la République.
Liberté Egalité Fraternité

Pascal Noury, maire de Morangis